L’autisme est un trouble neuro développemental

Les personnes autistes se distinguent par une façon différente de traiter l’information et de lui donner un sens. Elles observent le monde d’une autre façon. C’est précisément parce qu’elles observent et interprètent le monde différemment, qu’elles se comportent aussi différemment.

Brigitte Harisson (elle-même autiste, fondatrice de Saccade) explique:

«Aucun traitement thérapeutique, pédagogique ou éducatif pour « guérir » de l’autisme et autres TED (troubles envahissants du développement) n’existe à ce jour. Seule une intervention globale, coordonnée, suivie et continue peut aider les personnes autistes à gagner en qualité de vie. Ces interventions s’appuient sur des évaluations régulières dans tous les domaines fonctionnels et un soutien positif aux familles et aux professionnels. » 

«Le trouble du spectre de l'autisme (TSA) est reconnu comme un trouble neurodéveloppemental, et cette affirmation sera notre fondement principal. Les origines du TSA sont toujours inconnues, même si la thèse génétique est fortement soupçonnée. Pour le psychiatre canadien Peter Szatmari, le trouble du spectre de l'autisme serait le plus complexe de tous les troubles neurodéveloppementaux ; selon Laurent Mottron, il s'agit d'une structure du cerveau dont la fonction du traitement de l'information présente une variation génétique, comparée à celle du cerveau neurotypique.

Nous pensons que la personne autiste possède le même équipement que tout être humain, mais que son cerveau est connecté différemment. Cette connectivité différente entraîne un développement différent et une gestion interne adaptée à cette différence, ce qui oblige le corps à faire des gestes particuliers. Ces comportements et gestes sont appelés des manifestations autistiques, et on les retrouve chez la majorité des autistes à travers le monde. Elles sont souvent confondues avec des troubles du comportement mais elles n'en sont pas, elles ont leur fonction propre : elles représenteraient les tentatives du corps pour venir en aide au cerveau, dont la connectivité particulière ne permet pas un traitement continu stable de l'information. Plutôt que de tenter de les supprimer chez l'autiste, on devrait les laisser aller afin de favoriser le développement de la personne.

Nous proposons l'idée que l'autisme contient deux « faces », que nous avons choisi d'appeler la face cachée, celle des connexions neuronales, et la face apparente, celle des gestes corporels. Quand la face cachée est en difficulté, elle déclenche l'aide de la face apparente. C'est l'une des raisons pour lesquelles certaines personnes ont de la difficulté à comprendre que l'autisme ne soit pas visible chez certains autistes. Ainsi, elles ne peuvent tenir compte du fonctionnement autistique, et si la situation dégénère, elles pensent qu'il s'agit d'un trouble du comportement. De plus, les intervenants se font souvent « avoir » avec la face apparente : en tentant de la faire disparaître, donc en supprimant les manifestations autistiques, ils croient avoir guéri l’autisme ! Or, le problème d'origine provient des connexions neuronales et non pas des gestes ; et ce n'est pas parce qu'on ne le voit pas qu'il ne cause pas de difficultés. Rappelons-le, l'autisme est un trouble neuro-développemental : il peut évoluer positivement, l'autiste peut arriver à gérer son fonctionnement autistique, mais on ne peut pas le guérir. Ce n'est pas une maladie dont on doit guérir.

La majorité des personnes autistes n'ont pas de déficience intellectuelle. Selon nous, la mauvaise compréhension qui existe dans le milieu, la confusion entre autisme et déficience intellectuelle, constitue une difficulté majeure et nous empêche d'exploiter le riche potentiel humain des autistes. Il nous apparaît donc urgent d'intervenir de manière à respecter l'intégrité des personnes autistes et à leur donner une qualité de vie.

Les prémisses que nous considérons comme importantes sont les suivantes :

  • il faut comprendre comment fonctionne l’autisme ;

  • l'incompréhension du fonctionnement de l'autisme cause énormément d'anxiété chez les personnes autistes elles-mêmes ;

  • on ne peut pas faire disparaître le fonctionnement autistique ni ne pas en tenir compte, il fait partie de l'identité de l'autiste et on doit « faire avec » ;

  • les autistes parlent un autre langage ;

  • il est possible de développer un langage commun avec les autistes ;

  • l'autisme en lui-même n'est pas à l'origine d'un trouble du comportement ou de l’agressivité; dans la majorité des cas, un autiste agressif est un autiste agressé.

Avec la progression des connaissances, nous constatons que l'image du TSA évolue. Le milieu de l'autisme ressemble étrangement à cette parabole originaire de l'Inde qui raconte l'histoire de quatre hommes aveugles et d'un éléphant. Les hommes ont tous touché l'éléphant pour savoir de quoi il avait l'air. Un homme a touché la trompe, un autre, la queue, un autre encore, une patte, et le dernier, le flanc. Ils se sont par la suite disputés parce qu’aucun n'avait la même image de ce qu'est un éléphant ; chacun avait sa propre idée. S'ils avaient pensé à mettre leurs observations en commun, ils auraient obtenu une compréhension plus cohérente de l'éléphant.

Il est important de comprendre qu'un seul courant de pensée ne suffit pas à décrire l'autisme. Nous pensons qu'il faut aborder l'autisme dans ses aspects génétiques, neurologiques, médicaux, développementaux, comportementaux, etc. C'est ainsi qu'on en obtiendra la meilleure image. Plutôt que d'opposer diverses pratiques, on devrait faire un examen des résultats expérimentaux, des outils de mesure et des hypothèses qui correspondent aux résultats. Les données probantes qu'on avance pour appuyer telle ou telle théorie sont souvent très sélectives et subjectives parce que, dans la majorité des cas, elles répondent aux besoins des non-autistes. Comment pouvons-nous affirmer qu'un outil ou un programme répond aux besoins autistiques alors qu'on commence tout juste à voir apparaître certains indicateurs de la carte du cerveau autistique, à comprendre le phénomène de désynchronisation des zones du cerveau, entre autres choses ?

Si les neurologues sont en mesure de voir les dysfonctionnements dans le cerveau, seuls les autistes peuvent témoigner des effets physiques et psychologiques que provoquent les particularités des connexions mesurées par les appareils. Ce n'est qu'en associant les avancées des neurosciences aux témoignages reçus que nous serons en mesure de mieux connaître les besoins des autistes et de valider notre hypothèse et l'ensemble du programme qui lui est associé. » 

Planète B-612 Autisme

49280 La Séguinière